Hâte d’être en vacances ?

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La sensation de tout porter seul, et l'oiseau qui redresse le vol

Les valises sont presque prêtes. Il reste la liste des courses à finir, les volets à vérifier, le voisin à prévenir pour le courrier, et cette pensée qui revient, tenace, au moment de fermer la maison : personne d'autre n'y a songé. La veille du départ ressemble à toutes les autres veilles, en plus dense. Ce n'est pas le travail qui pèse, c'est de le porter seul, sans relais, jour après jour, jusque dans la parenthèse qui devait justement suspendre le quotidien. On part en vacances avec, dans les bagages, la certitude que rien ne se fera si l'on cesse d'y penser.

Cette pensée qui ne s'éteint jamais porte un nom, et il vient de la recherche française. En 1984, la sociologue Monique Haicault, chercheuse au Laboratoire d'économie et de sociologie du travail rattaché au CNRS, publie dans la revue Sociologie du travail un article devenu fondateur, La gestion ordinaire de la vie à deux. Elle y décrit un travail invisible, distinct des tâches elles-mêmes : la charge d'anticiper, de coordonner, de garder en tête l'ensemble des temporalités de la maison et de la famille pendant que l'on fait tout autre chose. Les données de l'INSEE ont depuis chiffré le déséquilibre. En 2010, les femmes assuraient encore soixante et onze pour cent des tâches ménagères et soixante-cinq pour cent des tâches parentales. Ce que Haicault a nommé n'est pas la fatigue des bras, c'est celle de l'esprit qui ne se pose jamais, celui qui planifie, vérifie, relance, et se réveille la nuit pour ne rien oublier.

Dans la lecture de la Dynamique des Lieux, ce vide-là se donne à voir dans l'espace. Bien souvent, le couple a fait exactement ce que les livres recommandent. Il a soigné le Sud-Ouest, la zone emblématique de l'amour. On y trouve les poteries par deux, la représentation du couple, les canards mandarins venus d'un Orient lointain, les bougies jumelles, et une chambre pensée comme un miroir, chaque côté du lit dupliquant l'autre. Tout y est. Et pourtant la sensation de solitude persiste, parce que le Sud-Ouest n’est pas uniquement ce que l'on dit de lui. Il est le secteur du Yin, du féminin sous toutes ses facettes. La femme protectrice et guerrière lorsqu'on la laisse s'exprimer, la mère, l'épouse, la fille. Il est le foyer qui reçoit, qui accueille, qui nourrit en son sein. Il est le dévouement. À aucun moment il n'incarne l'entraide ni le soutien équitable, car ce n'est pas là que ces forces prennent corps.

Le partenaire qui écoute, qui comprend, qui parfois anticipe, celui avec qui la relation tient à cinquante-cinquante, loyale et équilibrée, s'ancre ailleurs.

Il s'ancre au Nord-Ouest, secteur du Yang, du masculin. L'homme protecteur et guerrier, le binôme, le coéquipier, le lien avec l'extérieur, cette amitié rassurante. Tant que l'on nourrit le seul Sud-Ouest en espérant y trouver de l'appui, on renforce le dévouement là où l'on attendait le partage. On devient parent couveur d'un couple, quand on cherchait un associé. Le déséquilibre spatial redouble alors le déséquilibre vécu : l'espace confirme, sans le vouloir, que tout repose sur une seule paire d'épaules.

Il existe pourtant, dans le monde animal, un couple fait de partenaires si loyaux l'un envers l'autre qu'au départ de l'un, l'autre peut se laisser partir. Ce sont les oiseaux. La tradition asiatique propose d'en installer la représentation au Sud-Ouest, mais placée là, elle enferme dans la couvaison et finit par infantiliser l'autre. Déplacez-la. Cherchez plutôt le tableau de deux perruches, ou d'oiseaux migrateurs saisis dans le même élan, du moment que les deux prennent leur envol dans la même direction, côte à côte, vers le même horizon. Installez cette image au Nord-Ouest, et confiez à ce copilote une mission réelle, précise, qui lui appartienne. Ce n'est pas une petite astuce, même si l'on serait tenté de la dire petite. Son effet est grand, parce qu'il touche l'endroit exact du problème : non pas l'amour, qui est là, mais le soutien, qui manque.

Du moment que vous êtes sous un toit, temporaire ou votre nid bien à vous, trouver votre Nord-Ouest.

Reste ensuite à savoir quelle mission, vous ne garderez pas pour vous. Et soyez enfin prêt à vous reposer.

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Deux maisons, deux piscines, une guerre judiciaire